
Le paysage de notre arrivée nous a grandement impressionné, nous nous croyons rendus en Indonésie tant le paysage était inhabituel pour les Caraïbes, car entre le continent haïtien et l’Ile à Vache, se trouve une très grande baie, sur laquelle circulaient une myriade de petits bateaux à voile, des yoles, et des barques à rames taillées à même de troncs d’arbres. C’était comme tous les jours ici, des pêcheurs qui se rendaient à leurs bouées de pêche (faites de simples petites bouteilles de plastique) pour relever leurs casiers ou qui allaient étendre leurs filets de pêche sur des longueurs de près de 50 m. Il y a aussi dans cette immense baie quelques petits îlots qui sont occupés en permanence par des communautés de pêcheurs qui habitent dans des huttes de paille. Vous imaginez donc les paysages qui nous estomaquaient à chaque regard !


En contournant les grands filets étendus juste à la surface de l’eau et les centaines de petites bouées de pêcheurs, nous sommes finalement arrivés au mouillage recommandé soit celui de Port Morgan à l’Île à Vache, aussi identifié : village Cacor (ou Kakoch s’il est dit en créole). Il s’agit d’une belle baie bien protégée, bordée par des petites maisonnettes sous de grands palmiers. Quand nous y sommes arrivés 3 autres voiliers y étaient ancrés dont 2 avec des pavillons français.


L’ancre n’était pas jetée que déjà plusieurs petites barques (faites à même des troncs d’arbre) étaient accrochées à nos bords pour nous offrir milles et une choses; en fait, ils avaient presque tous la même chose à nous offrir : des mangues, des bananes ou des abricots géants ou d’autres qui voulaient nous accompagner pour des visites sur l’île ou faire des travaux sur notre bateau. Sommairement tout ce qu’ils pouvaient offrir ou faire pour gagner quelques dollars.


Comme le marché, qui se déroule 2 fois par semaine sur l’île, est demain, jeudi, nous avons prévu d’y aller avec un d’eux, Kiki. Donc jeudi matin vers 9h nous avons rejoins Kiki sur la plage, pour nous rendre, à la marche, au village nommé : Madame Bernard (probablement du nom d’une résidente connue) qui se situe à 6-7 kilomètres du mouillage en empruntant les différents sentiers, car il faut dire que sur cette île, il n’y a pas route, donc aucun moyen de transport motorisé ! Les résidants (environ 15 0000 à habiter cette île) se déplacent à pied ou à dos de cheval ou d’âne.

Encore là, nous avons été des plus impressionnés par la vie de ces habitants qui résident dans de très petites maisons qui n’ont ni eau, ni électricité, seuls quelques uns ont des batteries avec des panneaux solaire ou une vieille génératrice.

Mais chaque petite communauté est desservie par une petite école, les enfants ont donc la possibilité d’aller à l’école. Mais encore là il faut dire qu’en Haïti, les parents doivent payer pour envoyer leurs enfants à l’école, car l’État n’a pas rendu l’éducation gratuite. Le coût, environ 50$/an, pour nous ne parait pas exorbitant, mais sachant qu’un travailleur moyen gagne environ 1$ par jour et que les familles comptent plusieurs enfants (4 à 10), il s’agit de frais importants pour eux. Ce montant est divisé par mois, et si pour un mois les parents ne peuvent pas payer pour l’école et bien l’enfant ne va pas à l’école pour ce mois, mais il peut y retourner le mois suivant si les parents peuvent donner le montant de ce nouveau mois. Il peut donc y avoir plusieurs arrêts dans une année scolaire pour différents élèves d’une classe, ce qui limitent grandement la progression académique de l’élève. Aussi dans une famille avec de nombreux enfants, un mois ça peut être l’un (ou quelques uns) qui va (vont) à l’école et l’autre mois c’est le(s) autre(s) enfant(s) !


Le marché était des plus impressionnants, avec une centaine de petits étals faits de planches, de branches et de rameaux de palmiers.

Certains offrant les fruits et légumes qu’ils retrouvent sur leur terrain ou qu’ils cultivent ou les animaux (volaille, porc) qu’ils élèvent. D’autres vendent des denrées de base, telles : farine, riz, haricots secs, … ou des oeufs. Et certains sont allés à la ville (sur le continent d’Haïti) pour acheter des articles (savons, …) qu’ils revendent, car il faut aussi dire qu’il n’y a aucun endroit spécifique sur l’île pour acheter des choses (aucun magasin) seulement le marché¸les lundi et jeudis.



Nous avons aussi été visiter l’orphelinat implantée sur cette île, qui est tenue par une religieuse québécoise, Soeur Flora depuis 1977.

L’endroit regroupe 68 enfants dont certains sont lourdement handicapés.

Les subventions internationales qu’obtient l’orphelinat permettent d’avoir des bâtiments adéquats et un approvisionnement alimentaire pour subvenir aux besoins de ces attachants enfants. Charles et Thomas ont pu s’amuser avec quelques uns d’eux car certains étaient de retour de l’école, car une certaine proportion des orphelins sont inscris à l’école du village.
Dortoir des enfants et imaginez la sœur Flora dort par terre juste devant afin d’être proche en cas de besoin…et dire qu’on se plaint de nos matelas !!!!


Tous les soirs, nos boys ont été jouer au soccer avec les petits résidants autour de notre baie d’ancrage. Ces derniers étaient tellement contents d’avoir de nouveaux joueurs (des ti-blancs), qu’ils venaient chercher Charles et Thomas sur notre voilier avec leurs petites barques.


A tous les soirs, nous allions les voir jouer, ce qui nous permettaient de rencontrer les gens locaux, et le lendemain, nous rapportions à l’un et à l’autre différents petits articles, tels des hameçons et du fil à pêche. Des choses qui n’ont vraiment pas une grande valeur pour nous et que nous avons en abondance, mais qui pour eux sont des articles qui aident grandement à faire vivre leur famille, dont ce père qui avait 12 enfants (il faut dire qu’il les avait eu avec 3 femmes différentes).
Aussi, nous avons rencontré, un américain venu aider la communauté, via l’organisme canadien : Friends of Ile a Vache Haiti pour débuter un programme d'aide en installant pour une cinquantaine de résidences des systèmes de traitement d’eau à base de plaques de céramique, fabriqués ici-même en Haïti. Il faut dire que cette personne de même quelques autres n’étaient pas venus ici par avion, mais ils étaient arrivés, voilà 3 semaines sur un voilier, ayant quitté la Georgie aux USA, complètement rempli de matériel qui avait été donné, entre autre une quantité impressionnante de voiles usagées, qui servent ici sur les yoles, au lieu des bâches ou des rideaux qu’ils utilisent actuellement en guise de voile sur plusieurs yoles. Vous pouvez en connaître davantage sur cette organisme sans but lucratif en consultant leur site internet : www.friendsofileavachehaiti.com

Le jour suivant nous avions planifié aller visiter une de ces petites îles vues lors de notre arrivée dans la baie pour constater la vie d’une communauté de pêcheurs.

Accompagnés, d’un jeune de 15 ans nommé Castro, nous nous sommes rendus avec notre annexe sur l’île identifiée Peniscola, qui mesure environ 1 km2 (genre 30m par 30 m). Castro est alors allé discuter, en créole, avec le chef du village pour voir si on pouvait accéder.

Ce dernier a accepté, nous avons donc pu circuler au milieu de la vingtaine de huttes présentes, et visiter certaines d’entre elles.


Intérieur d’une hutte (pas d’électricité et eau et imaginez dans la saison des pluies)
Chambre des ou plutôt du maître
Garde-manger

Le maître
Coin salle à manger

Pendant que les hommes de la communauté s’occupent des filets (préparation, réparation, …),


et que les femmes préparent, sur des petits feux de charbon, la nourriture



les enfants, probablement une vingtaine, nous suivaient pas à pas, et voulaient voir, sur notre caméra numérique, toutes les photos que l’on prenait d’eux. Ils riaient tous de se voir sur ce petit écran, ils voulaient tous se faire poser !!

Nous avons été profondément touché par la vie de ce peuple toujours souriant, qui semble vraiment heureux.


Quand nous avons quitté le village, le chef nous a dit que si nous avions des crayons et du papier, ils les prendraient volontiers, car comme il n’y a pas d’école pour les enfants de cette communauté, ils pourraient au moins les initier à l’écriture en ayant ces articles. Évidemment, nous en avions amplement, nous sommes donc retournés sur Ukulu et nous avons fais plusieurs sacs de choses à leur donner : des vêtements que nous ne portons plus, des céréales, des craquelins, des cannes de conserves, en plus des livres, papier et crayons. Nous sommes retournés porter le tout, au chef du village afin qu’il les distribue aux membres de sa communauté, car nous ne voulions pas qu’ils se chamaillent pour des articles qu’ils aimeraient tous avoir, et ainsi créer de l’animosité dans la communauté !


Comme nous voulions aussi voir la vie sur le “continent” haïtien, le troisième jour, Guy et moi sommes allés, avec notre accompagnateur Castro, dans la troisième plus grande ville de Haïti, nommée Les Cayes.

Cette ville est située à environ 6-7 milles à l’ouest de l’Île à Vache, nous avons donc pris, pour le tarif de 125 gouds (c’est leur monnaie locale qui équivaut à environ 2$), le traversier-taxi, pour nous y rendre. Il s’agissait sommairement d’une barque en bois propulsée par un moteur hors-bord de 40 HP et avec 5 planches pour asseoir la vingtaine de passagers. Même si le moteur s’arrête à quelques reprises, le valeureux capitaine le redémarre et personne ne semble préoccupée par la situation et les passagers continuent de jaser et de rire ! Et si la mer est agitée, et bien ils sortent une grande bâche, pour permettre aux passagers de se couvrir pour ne pas être mouillés de la tête aux pieds. Et, il y a toujours une cruche (en guise d’écope) disponible pour rejeter l’eau qui s’infiltre ! On est loin de notre règlementation canadienne : ceintures, …


A notre arrivée, à la ville, comme il n’y a pas de quai, nous avons constaté que les gens débarquent pieds nus ou utilisent des porteurs (qui les prennent sur leur dos) qui sont là pour transborder pour 5 gouds (équivalant à 2 sous) chaque personne qui ne veut pas se mouiller les pieds, dans une eau un peu douteuse car il y a passablement de déchets sur la rive et aussi les petites résidences sur le bord de la mer ont dans la partie arrière de leur minuscule cour une “chiotte” qui donne directement dans la mer !



Puis nous avons entrepris, notre visite de la ville en compagnie de Castro, qui nous a fait découvrir la ville où il a grandis. Nous étions impressionnés par la précarité des résidences, mais surtout par les installations municipales qui sont déficientes :
- des rues sur du sable-gravier créant des trous d’eau stagnante et une poussière omniprésente sur tout, laissant croire que la ville aurait été bombardée;
- des égouts ouvertes longeant les rues ou entre les résidences;
- des monticules de sable et roches sur les trottoirs;
- aucune règlementation sur le stationnement;











Y a eu aussi la gare maritime si on peut l’appeler ainsi car en fait y a pas de quai mais quelles animation et ambiance règnent sur place.




Mais au moins, compte-tenu de l’épidémie de choléra qui a eu lieu récemment, la ville fournie l’eau aux résidants à partir de nombreux points de service dans la ville, ils viennent donc se ravitailler avec leur bidons.

Pour le midi, nous sommes arrêtés dans un parc, car nous avions apporter un petit pique-nique, que Castro a été bien content de partager avec nous. Pour lui, notre salade de légumineuses était un goût nouveau, qu’il a adoré, car eux ils mangent du riz à tous les repas. Mais il faut dire qu’ils ne prennent que 2 repas par jour : le matin et le soir, et pendant la journée ils mangent des mangues et des bananes à volonté, elles poussent comme les pommes poussent chez-nous. Nous avons pu discuter avec lui de ces projets d’avenir, en fait il ne comprenait pas bien notre question au début, mais à force de discuter, nous avons compris qu’il n’a pas de projets d’avenir, car il n’y a pas de travail possible. Il est donc comme la majorité des haïtien(ne) s, il se satisfait du moment présent, car il ne connait pas autre chose, et il voit l’avenir pareil à aujourd’hui ! Nous croyons maintenant qu’ils se sentent pauvres seulement quand ils nous voient !

Fait à noter, nous n’avons vu aucun mendiant en Haïti, probablement par dignité ils ne quémandent pas !
Ces 4 jours en Haïti, nous ont profondément marqués, et malgré la vie qu’ils vivent dans des conditions rudimentaires, ils sont heureux, et toujours souriants ! Toute une leçon de vie !
Voici quelques belles photos de gens heureux :





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ile a vache
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Voyage 2010-2011